Ariane 6 doit évoluer pour rester compétitive


07 février 2019

Dans leur dernier rapport public annuel, les magistrats de la Cour des comptes estiment que l'Union européenne doit financer les lanceurs spatiaux qui sont plus que jamais cruciaux pour garantir son accès souverain à l'espace.

Avant même son premier vol, prévu en juillet 2020, Ariane 6 est-elle déjà hors course? En écho à une note remarquée de l'Institut Montaigne en décembre 2017, la Cour des Comptes estime dans son rapport public 2019 «qu'il y a un risque important» que le successeur de la fusée européenne Ariane 5 «ne soit pas durablement compétitif face à SpaceX qui continue de progresser».

Ariane 6 ne sera pas réutilisable alors que le Falcon 9 de SpaceX l'est depuis plusieurs années et que sa version dite Block 5, annoncée en 2018, le serait jusqu'à dix fois. Grâce au réutilisable, estime la Cour, SpaceX pourrait «proposer des prix encore plus bas sur le marché commercial». La France, pays leader en matière spatial, et ses partenaires européens ne maîtrisent pas encore ces technologies, notamment le guidage de l'étage pour son retour sur terre. Ils en sont au stade des études pour un nouveau moteur (Prométheus) et de la réalisation d'un prototype réutilisable avec Callisto. Deux projets lancés à l'initiative d'ArianeGroup, le constructeur de la fusée européenne, et du Centre national d'études spatiales (CNES).

Assouplir les règles du retour géographique

D'autres facteurs jouent contre Ariane 6, relève la Cour. Parmi eux, le creux du marché commercial des gros satellites GTO (à 36 000 km de la Terre) qui représente 75% de l'activité d'Arianespace, la société de lancement européenne. Mais aussi l'évolution des taux de change: le dollar est la devise utilisée sur le marché des lancements alors que les coûts d'Ariane sont en euros. Sans oublier une commande et des budgets publics plus faibles en Europe.

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Dans ce contexte délicat, la Cour appelle à un sursaut européen en faveur d'Ariane 6. En écho à ArianeGroup, les magistrats de la rue Cambon estiment que les clients institutionnels européens -Commission, agences spatiales nationales, EumetSat- devraient accepter, tout comme le fait la Nasa avec SpaceX, «de passer des commandes pluriannuelles» afin de donner «aux industriels une plus grande visibilité sur leur plan de charge» et «une sécurisation de leurs financements». Il est aussi urgent d'assouplir les règles du retour géographique qui octroie une charge de travail en adéquation à la contribution de chaque pays. Cela, au détriment des compétences et de la compétitivité. SpaceX, de son côté, tire tous les avantages de construire dans un seul site où les tôles entrent d'un côté pour ressortir de l'autre, sous forme de lanceurs spatiaux.

L'Union européenne doit financer les lanceurs

Pour qu'Ariane 6 ait toutes ses chances et que l'Europe conserve un accès indépendant à l'espace, il faut investir plus, estime la Cour. Mais la France qui supporte l'essentiel de l'effort financier, ne peut pas tout toute seule. Afin que son budget spatial gagne en efficacité, le gouvernement français est cependant appelé à organiser une programmation pluriannuelle de ses dépenses, actuellement décidées sur une base annuelle. Cela, en s'inspirant de la Loi de programmation militaire (LPM) qui fixe la trajectoire budgétaire du ministère de la défense et donne de la visibilité aux armées et aux industriels.

La Cour appelle les partenaires européens de la France à consentir à une participation «plus importante». Paris finance la moitié des 4 milliards d'euros décidés pour le développement d'Ariane 6. Et, la France supporte 84% des coûts de fonctionnement et d'entretien du Centre spatial guyanais (CSG) à Kourou, qui est le seul port spatial de l'Europe. La Cour suggère de modifier le statut des développements de lanceurs afin qu'ils «deviennent des programmes obligatoires», ce qui obligerait chaque État membre de l'Esa à y participer en fonction de sa richesse nationale.

Aujourd'hui, une poignée d'états volontaires participent à ces financements. La Cour estime que l'Union européenne (dont le budget spatial devrait s'élever à 16 milliards d'euros sur la période 2021-2027) devrait participer au financement des lanceurs, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. De même, l'UE devrait être impliquée dans le budget du CSG, où des travaux sont en cours pour accueillir Ariane 6.

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