Un Oscar d’honneur pour Euzhan Palcy, cinéaste française... méconnue en France


20 novembre 2022

La réalisatrice sera honorée ce 19 novembre à Los Angeles. Pionnière de la représentation des communautés noires à l’écran, elle a aussi été la première femme à obtenir un César, en 1984. Son œuvre, inégale, reste peu connue chez nous.

Samedi 19 novembre, une réalisatrice française qui n’a plus tourné depuis près de quinze s reçu un Oscar d’honneur (le prix des gouverneurs de l'Académie) à Los Angeles. Sa particularité ? Euzhan Palcy, née en 1958, est moins connue et admirée en France qu’aux États-Unis, où des personnalités de premier plan comme Angela Davis la considèrent comme une pionnière dans la représentation des communautés noires à l’écran…

Et pourtant, de ce côté-ci de l’Atlantique, Euzhan Palcy fut la première femme cinéaste à obtenir un César – pour Rue Cases-Nègres, chronique naïve mais touchante de sa Martinique natale, meilleure première œuvre en 1984, seize ans avant que Tonie Marshall obtienne la statuette de la meilleure réalisation pour Vénus Beauté (Institut).

Cette récompense, ainsi que dix-sept autres prix internationaux, lui a ouvert les portes de Hollywood pour tourner l’adaptation d’Une saison blanche et sèche (1989), le best-seller d’André Brink contre l’apartheid en Afrique du Sud. Euzhan Palcy est devenue ainsi la première cinéaste noire produite par une major de Hollywood et autrice d’un film nommé aux Oscars… et la première (et seule) femme à diriger Marlon Brando !

Créer pour réparer

Elle connaîtra moins de réussite artistique par la suite avec, côté français, Siméon (1992) un conte fantastique et musical plutôt laborieux, avec le groupe Kassav et, côté américain, Ruby Bridges (1999) un téléfilm contre la discrimination raciale produit par Disney, suivi de The Killing Yard (2001), un long métrage qui reconstitue la célèbre mutinerie de la prison d’Attica, en 1971.

Euzhan Palcy a également tourné des documentaires militants, comme Aimé Césaire, une voix pour l’Histoire (1994), un éloge du grand écrivain de la « négritude », et Parcours de dissidents (2005), hommage aux Antillais qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont résisté aux côtés du général de Gaulle.

Une œuvre inégale, donc, mais toujours animée par un credo humaniste et engagé, tel que l’a défini Euzhan Palcy il y a trois ans, au Festival international des films de femmes de Créteil, dont elle était l’invitée d’honneur : « Avec ma caméra je ne filme pas. Je répare… J’essaye modestement de guérir les blessures créées par l’Histoire. »

Source : Télérama

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