Poids du Spatial en Guyane : 15% du PIB et 4.600 emplois…

10 novembre 2017
 

20171110-impactspatial2Ce jeudi, après des mois d’enquête réalisée auprès de 400 entreprises liées de près ou de loin au spatial (rang n+2), l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (Insee) a révélé la place « très concrète » de la filière spatiale dans l’économie guyanaise. L’étude s’est portée sur deux périodes : 1990-2003 (Ariane 4) et 2003-2014 (exploitation d’Ariane 5 puis des lanceurs Soyouz et Vega).

4.600 emplois et non 9.000…

20171110-impactspatial4Première information de taille, contrairement à ce qui était dit depuis une vingtaine d’années, selon une « estimation maximale » faite dans les années 1990 et « qui n’avait pas été réalisée suivant les mêmes règles comptables », le nombre d’emplois (Equivalents Temps Plein ; ETP) liés directement ou indirectement au spatial n’est pas de 9.000, mais de 4.600. « Nous avons voulu rétablir les choses » expliquait Katia Le Goaziou, directrice régionale de l’Insee.

A part les services de sécurité exclusivement dédiés à la base spatiale (pompiers de Paris, FAG,…), l’enquête ne prend pas en compte les emplois publics induits par l’activité spatiale. 800 ETP se retrouvent directement liés aux ‘grands’ du spatial (CNES, Arianespace, FAG), 1.200 dans l’enceinte du CSG (membres de l’UEBS* : Air Liquide, MT Aerospace, ADCO, Seris, Apave,…), 1.300 chez les sous-traitants directs du CSG mais évoluant hors de la base, et enfin 1.300 autres « induits » par la consommation des ménages.

« La locomotive de l’économie guyanaise »

20171110-impactspatial Néanmoins, si le total des emplois est finalement deux fois inférieur à celui qui était dans toutes les têtes – y compris celle du représentant local d’Arianespace – les richesses générées par l’activité spatiale en Guyane demeurent très importantes. Elles représentent 15% du PIB du territoire en 2014. C’est moins qu’en 2003 où elles totalisaient 17,6% du PIB (et même 28,3% en 1990 !).

Cette diminution n’est pas synonyme de baisse de l’activité, qui – si elle a connu une transition délicate entre Ariane 4 et Ariane 5 (2003-2006) – est en croissance sur les deux périodes étudiées (+2,7 et +3,4%). Ce sont les croissances économique et démographique, plus importantes, qui ont fait baisser l’influence du secteur spatial sur l’ensemble de l’économie guyanaise.

Pour le directeur du CSG Didier Faivre « nous nous réjouissons d’être gros, mais nous nous réjouissons également d’être plus petits ! » Le spatial voit en effet d’un bon œil la réduction de son « impact » sur l’économie guyanaise – sans en sous-estimer l’importance. « Les difficultés qu’il nous arrive de traverser ne seront progressivement plus aussi problématiques qu’elles ont pu l’être sur l’économie de la Guyane par le passé » renchérissait Bruno Gérard, vice-président d’Arianespace en Guyane.

40% des salaires versés hors CSG

20171110-impactspatial3Sur les 280 millions d’euros que verse chaque année le secteur en salaires (à la fois dans les entreprises spécialisées et chez les sous-traitants ou les emplois induits), près des deux tiers « restent » au sein du CSG (y compris les salaires des forces de sécurité). 112 M€ sont en revanche injectés en salaires en dehors du CSG, soit 40% du total, participent au pouvoir d’achat des ménages, et à la structuration de l’économie guyanaise.

« Cela représente beaucoup d’emplois (indirects ou induits), mais qui ne sont pas équivalents – sur la valorisation du salaire – avec les emplois spécifiques au spatial » précisait néanmoins Mme Le Goaziou. En effet, ces 40% de la masse salariale sont répartis sur 56% des emplois (1.600 ETP) liés à la filière, localisés chez les sous-traitants qui évoluent « hors UEBS* ».

28,4% de la production de Guyane

« L’importance des montants des contrats » et les quantités de biens et services consommées par la filière spatiale pèse lourd dans la production et dans la balance commerciale guyanaise. 28,4% de la production totale du territoire est due au spatial (les sous-traitants locaux ne représentant qu’un cinquième de ce total). En outre, 79% du total des exportations guyanaises est lié à l’activité commerciale d’Arianespace (l’importation associée au spatial est, en contrepartie, très importante).

Selon l’Insee, 1 € de production dans les entreprises spécialistes génère 0,23 € de production dans les autres entreprises (de l’étude). Et en matière d’investissement, le secteur spatial représente 11,2% du total en Guyane (129 M€).  « 1 € d’investissement par les entreprises du CSG génère un peu plus d’un euro d’investissement des autres entreprises du fait de la présence du spatial » expliquait la directrice de l’Insee, ajoutant que ce ratio était « plus important que ce à quoi nous nous attendions. »

Une étude qui élude certains points

20170530-arianeeutel (1)Cette étude, très attendue par de nombreux acteurs institutionnels et privés guyanais, a permis de « rétablir les choses » concernant les retombées économiques (richesses, emplois) réelles du spatiale en Guyane. « C’est une bonne chose d’avoir ces données » commentait un observateur, « ça rationnalise, et ça donne un peu plus de visibilité sur le poids de cette activité qui peut parfois sembler opaque, ou sur laquelle les gens se font des idées depuis des années. »

Cependant, l’enquête ne s’attarde pas sur certains thèmes qui auraient pu être intéressants – même si plus complexes – à analyser. Quid de la localisation des emplois générés par le spatial (de quelles communes guyanaises, mais également de quel pays d’Europe) ? Quid également de l’impact de l’activité sur le pouvoir d’achat des guyanais ? Ou sur l’immobilier (en particulier à Kourou) ? Et que dire des exonérations d’octroi de mer pour les satellites (bien que la filière représente 22% des recettes de l’OdM… essentiellement réparties sur la chaîne de sous-traitance et non directement sur les satellites) ?**

Sur ce dernier point, Isabelle Patient, vice-présidente en charge de l’aménagement du territoire, du logement et des transports à la CTG, a estimé que des discussions étaient nécessaires pour trouver comment compenser les « 330 millions d’euros d’octroi de mer » qui échappent à la collectivité chaque année (!), « sans pour autant entraver le bon fonctionnement » de ce « qui reste un fleuron, une locomotive de l’économie guyanaise. »

*UEBS : Union des Employeurs de la Base Spatiale
** Liste non-exhaustive, qui pourrait également être complétée par les « avancées » infrastructurelles qu’a connu la Guyane depuis l’implantation du CSG en 1965 (développement de Kourou, construction d’un barrage, réalisation de routes…).

Source : le Kotidien

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