Logement et propriété en Guyane : un accès réservé aux plus riches ?

12 mai 2017

Dans son étude révélée cette semaine à la presse, l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (Insee) est revenu sur le « parcours résidentiel » des ménages guyanais. Un parcours – comparable à une ‘carrière de résident’ – qui n’est pas le même en fonction de plusieurs facteurs, et principalement en fonction des revenus du ménage. En effet, l’accès à la propriété, mais aussi celui à un logement est plus que contraint en Guyane.

La location et l’occupation gratuite restent majoritaires

En 2013, 11% des ménages guyanais occupent un logement « gratuit »*, 25% sont locataires dans le privé, 20% dans les logements sociaux, et 3% sont sous locataires ou locataires de meublés. Ces locataires (59%) sont plus nombreux en Guyane qu’en métropole ou en Guadeloupe (idem à 42%). Plus de 30% d’entre eux appartiennent aux ménages avec les revenus les plus faibles, tandis qu’une part importante de ménages avec des revenus faibles ou médians occupent le parc social.

*Qui sont les “logés gratuitement” ?

20170512-logementhab (2)« Les logés gratuitement sont en une catégorie très spécifique en Guyane, allant des ‘fils à papa’ aux squats » explique l’Insee.« Ils habitent principalement des logements individuels (93%) et sont particulièrement nombreux dans le parc récent achevé depuis 2006, où ils représentent plus d’un ménage sur cinq. Ces logements gratuits dans le parc récent correspondent à des zones d’habitat spontané. Huit ménages logés gratuitement dans le parc récent sur dix vivent dans un logement de mauvaise qualité et sept sur dix vivent en situation de surpeuplement. Les trois quarts résident dans l’Ouest Guyanais. »

20170512-inseelogementageOutre le fait que « la majorité des ménages guyanais perçoivent moins de 2.300 € par mois » et que les dépenses de logements sont plus élevées qu’ailleurs (12,2 € par m² à la location, contre 11,2 € en Guadeloupe et 10,6 € en métropole), l’Insee estime que « le parc social a des difficultés à jouer son rôle d’ascenseur dans le parcours résidentiel. »

Néanmoins, le parc locatif social permet notamment d’héberger les familles monoparentales, nombreuses et en hausse en Guyane, et les plus modestes ainsi que de nombreux ménages avec des revenus plus importants (entre 2.000 et 4.000 euros par mois). Mais ceux-ci, ne pouvant accéder à la propriété – pour les raisons expliquées plus bas – peuvent y résider depuis plus de 8 ans (pour 46% d’entre eux).

L’accession à la propriété est de fait réservée aux plus aisés, peu nombreux mais avec les revenus les plus élevés.

Un parc immobilier en évolution, mais pas accessible à tous

20150911-logement (1)L’analyse de l’Insee porte sur les éléments récupérés pendant le dernier recensement « étalon » de 2013. A cette époque, la Guyane littorale compte 72.000 logements, dont 89% de résidences principales. Le parc a triplé en 30 ans et « près de trois résidences principales sur dix ont été construites depuis le milieu des années 2000. » Pour autant, « seuls quatre ménages sur dix sont propriétaires de leur logement, contre six sur dix en Guadeloupe et France métropolitaine » précise l’Insee.

Moins d’un ménage sur dix accède à la propriété, et ce, même avec des revenus « corrects. » « Il y a deux fois moins d’accédants à la propriété que dans l’Hexagone » explique Katia Le Goaziou, cheffe du service territorial de l’Insee. « Cet accès est réservé aux plus forts revenus » poursuit-elle (plus de 4.000 € par mois).

Si les propriétaires guyanais sont représentés dans toutes les catégories de revenus de la population, les 20% des ménages guyanais les plus aisés – qui gagnent jusqu’à 5 fois plus que les 20% les plus modestes – représentent plus de la moitié (55%) des accédants à la propriété. A titre d’exemple, les propriétaires accédants sont quatre fois moins nombreux parmi les ménages guyanais gagnant entre 3.000 et 4.000 € par mois (6%) qu’en Guadeloupe (22%).

Les loyers très élevés, l’offre d’achat, elle aussi onéreuse et encore rare par rapport à la demande, et l’insalubrité d’une grande proportion de logements sont les principaux facteurs de cette « stagnation » de l’accès à la propriété. Une situation qui impacte négativement « la fluidité » dans la mobilité des familles, qui pourrait pourtant être favorisée par l’expansion continue du parc de logements.

20170512-inseelogements« Une construction de logement correspond à trois déménagements » développe Mme Le Goaziou. Un ménage accède à la propriété, un second récupère son logement (privé ou social), et un troisième (par exemple une personne vivant dans un « logement gratuit ») peut à son tour emménager dans le logement libéré par le second. Malheureusement,

On notera également que bien que la proportion de logements vacants ait fortement diminué depuis 30 ans, ceux-ci sont encore nombreux, et peu mis à disposition (notamment des familles les plus fragiles…) Le nombre de résidence secondaires n’a en revanche que peu évolué sur la même période, au profit d’un accroissement des constructions de résidences principales individuelles.

Logement et propriété en Guyane : un état des lieux peu flatteur

Si en France hexagonale, plus de trois quarts des ménages estiment vivre dans un logement « satisfaisant », cette vérité est toute autre en Guyane. En effet, d’après une étude sur le logement rendue publique cette semaine par l’Insee, un ménage guyanais sur cinq juge ses conditions de logement insuffisantes et seulement un sur deux les estime satisfaisantes. Cet état de fait n’est pas favorisé par les contraintes que rencontrent les guyanais tout au long de leur « parcours résidentiel ».

ordures (1)Les ménages de la Guyane ont généralement une mauvaise opinion sur l’environnement de leur logement, notamment de la présence et la qualité des espaces verts, de l’accessibilité en voiture, de la sécurité dans le quartier ou encore de l’entretien des rues et des espaces publics. L’état dégradé de l’immeuble est un déterminant principal, mais le surpeuplement et le coût du loyer jouent aussi pour beaucoup sur l’insatisfaction.

« A contrario, le type d’habitat, la présence de climatisation, l’accessibilité en transports en commun ou encore l’entretien des rues et des espaces publics influent peu sur la satisfaction » note l’Insee. Cette insatisfaction prégnante en Guyane vient ajouter au désir de mobilité des ménages. Malheureusement, une partie de la population ne peut « poursuivre » son parcours résidentiel en accédant à la propriété, voire même en accédant à un logement digne. Car là encore, la Guyane connaît d’importante lacunes.

Logements insalubres et plein de défauts

20170512-inseelogtinsal« Un logement sur trois peut être considéré ‘indécent’ » en Guyane, analyse l’Insee dans son étude. Cette estimation ne dépasse pas un logement sur dix en métropole. D’après le recensement de l’habitat potentiellement insalubre lancé en 2013 par la DEAL, « la Guyane comptabilisait plus de 10.000 logements de ce type, abritant plus de 40.000 personnes sur une centaine de sites » détaille l’Insee.

Si l’habitat spontané ne signifie pas vivre dans des conditions d’insalubrité, certains secteurs d’habitat spontanés sont particulièrement touchés, avec un degré d’insalubrité plus ou moins important, de bâti ou lié à l’absence de réseaux d’assainissement et d’eau potable. Parallèlement, « beaucoup de logements construits légalement sont également insalubres » peut-on lire dans l’étude.

Les défauts les plus fréquents sont l’absence de prise de terre, de WC intérieurs, d’installations d’hygiène, d’eau courante et une installation électrique dégradée, qui concernent chacun entre 10% et 15% des ménages. Ceux-ci ont tendance à s’accentuer au sein des logements construits ces trois dernières décennies.

A noter : la présence de climatisation se généralise

20170512-climLa présence d’au moins une pièce climatisée dans les logements est en fort développement et se rapproche du niveau de la Guadeloupe en 2013 (40% contre 43%). La situation est toutefois disparate selon les territoires. Ainsi, la proportion de ménages possédant au moins une pièce climatisée atteint près de 50% dans la CA du Centre Littoral et la CC des Savanes, et seulement 14% dans l’Est et l’Ouest Guyanais littoral étendu. De même, elle varie selon le statut d’occupation : de 28% pour les logés gratuitement à environ 40% pour les locataires d’un logement loué vide (HLM ou non) et les propriétaires, et 66% pour les locataires d’un logement meublé.

La présence de chauffe-eau solaires elle aussi connait une croissance (2% en 1999 à 5% en 2013), mais celle-ci reste très faible comparativement à la Guadeloupe (où 19% des résidences en étaient équipées en 2013).


« La Guyane est le seul département de France où il y a moins d’une pièce par personne. »

20170512-logementhab (1)Avec des surfaces plus petites et des ménages de plus grande taille, la Guyane est fortement touchée par le surpeuplement, en particulier chez les ménages les moins aisés et dans l’Est et l’Ouest Guyanais. 40% des logements guyanais sont en situation de surpeuplement. Celui-ci concerne plus de sept familles monoparentales sur dix et près de six couples avec enfants sur dix. A contrario, le sous-peuplement se développe chez les ménages âgés.

« Près d’un quart des résidences principales de Guyane ne sont composées que d’une ou deux pièces en 2013, malgré l’essor des logements de taille intermédiaire sur la dernière décennie. En 2013, les résidences principales mesurent en moyenne 75 m², soit 10 m² de moins qu’en Guadeloupe et 16 m² de moins qu’en France métropolitaine » note l’Insee.

Les logements hébergent en moyenne 3,5 personnes en Guyane, contre 2,3 personnes en Guadeloupe et 2,5 dans l’Hexagone. Ainsi, les Guyanais disposent seulement en moyenne de 22 m² par personne contre respectivement 35 m² et 39 m² dans les territoires de comparaison. Cela représente en moyenne une pièce par personne, bien que le chiffre soit inférieur dans le parc social, et bien supérieur chez les ménages en cours d’accession à la propriété.

A ce sujet, nous vous invitons à poursuivre la lecture de notre article de ce jour sur l’accès à la propriété.

Source : Le Kotidien

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