La Guyane, territoire riche de potentiels inexploités

26 juin 2018

Plus d’un an après le mouvement de grève qui avait paralysé la Guyane pendant deux mois, le département d’outre-mer reste enlisé dans une situation économique, sanitaire et sociale inquiétante. Le territoire demeure dépendant des subsides de la métropole malgré un indéniable potentiel de développement.

Terre riche, population pauvre

Dotée d'une superficie comparable à celle du Portugal, mais d'une densité de population proche de celle de la Mongolie, la Guyane est un territoire essentiellement recouvert de forêts. Le département possède d'importantes ressources naturelles (minières, biologiques, halieutiques, énergétiques...), conférant à l'économie locale un fort potentiel de développement.

La démographie guyanaise se caractérise par le doublement de la population en vingt-cinq ans, phénomène nourri par une immigration importante jusque dans les années 1990, mais surtout par une forte natalité. Si la population guyanaise n'excédait pas les 260 000 habitants en 2015, l'INSEE anticipe à l'horizon 2040 un nouveau doublement de celle-ci, qui atteindrait alors les 574 000 habitants. Cette démographie florissante est stimulée par la jeunesse de la Guyane : la part des moins de 20 ans y culmine à 42,3 %, contre moins de 25 % en métropole. L'explosion démographique guyanaise pose avec acuité la question du développement et de la croissance économique du DOM.

Malgré l'abondance des ressources, la jeune population guyanaise est aspirée dans une spirale de chômage et de paupérisation. En 2017, 83 000 personnes âgées de plus de 15 ans étaient considérées comme actives, contre 78 000 inactives. Parmi ces actifs, 19 000 sont sans emploi. Considérant l'importante part de la population inactive, le taux de chômage de 22 % donne une image flatteuse d'un marché du travail notamment marqué par le faible accès des femmes (seuls 45 % des Guyanaises en âge de travailler sont actives). 44 % de la population vit sous le seuil de pauvreté local fixé à 500 EUR mensuels, contre 13 à 14 % des métropolitains. Considérant la faiblesse de l'économie locale, l'avenir de cette jeunesse s'inscrit donc en pointillés.

Sous perfusion métropolitaine

Selon l'INSEE, 25 600 Guyanais oeuvraient dans la fonction publique en 2015, faisant ainsi de l'État français le premier pourvoyeur d'emplois du DOM. Plus de 30 % de la population active bénéficie ainsi du statut d'agent public, contre 18,7 % en métropole. Afin de compenser le coût de la vie et l'enclavement du territoire, la rémunération des fonctionnaires en poste en Guyane est 40 % supérieure à celle de leurs homologues métropolitains. Ces deux particularités structurelles produisent un effet paradoxal : le salaire moyen en Guyane est paradoxalement supérieur à celui en vigueur en métropole, handicapant la compétitivité économique du DOM par rapport aux économies voisines (Surinam, Guyana, Brésil).

Le déséquilibre des transferts financiers se double d'un rapport économique privilégié avec la métropole, première zone d'exportation de l'économie guyanaise, polarisant 57,6 % des exportations. La Guyane se trouve donc dans une situation de double dépendance économique vis-à-vis de la France, en termes de transferts et de débouchés.
Très investi dans la subvention de l'économie locale, l'État se montre en revanche défaillant dans la tenue des fonctions régaliennes : maintien de l'ordre, éducation, construction et entretien des infrastructures. La Guyane est particulièrement touchée par les problèmes d'insécurité. Selon une enquête du ministère de l'Intérieur réalisée en 2016, elle affiche un taux de vols violents avec arme et sans arme respectivement trois et quatre fois plus élevé que la moyenne métropolitaine. Le système éducatif s'y trouve en grande difficulté : selon la dernière enquête effectuée par l'INSEE (2014) près de 55 % des Guyanais âgés de 18 à 24 ans sortent du système scolaire sans diplôme, et seuls 12,4 % étaient titulaires du baccalauréat. Enfin, les infrastructures mises à disposition des usagers demeurent très en deçà des normes métropolitaines : 15 % des foyers n'ont toujours pas accès à l'eau potable, et le raccordement au réseau électrique se révèle lui aussi problématique.

Une économie anémiée par la faiblesse des investissements

En 2017, un mouvement cisaillant de hausse des importations (+ 14,3 %) et de chute des exportations (- 23,7 %) a établi à -1,3 milliard d'euros la balance des paiements guyanaise. Le solde commercial du DOM connait un déficit structurel écrasant : la valeur des importations est aujourd'hui huit fois supérieure à celle des exportations portées par le secteur spatial qui en assure à lui seul 83 %.

Ce dernier représente près de 16 % du PIB et occupe 12 % de la population active avec à la clé 9 000 emplois directs. Le secteur irrigue l'économie locale selon deux modalités. Comme activité high-tech, il génère une forte valeur ajoutée. Au-delà de la création de richesse, les dépenses de fonctionnement et les investissements réguliers fournissent de l'activité pour les entreprises et stimulent localement l'emploi et la consommation.

À l'inverse, le secteur primaire ne compte que pour 3 % du PIB, un chiffre extrêmement faible pour un territoire essentiellement rural (96 % de surface boisée). Dans le contexte de rigueur budgétaire de l'État français, une solution de développement consisterait à recourir à des IDE pour exploiter les ressources naturelles guyanaises dans un cadre règlementaire équivalent aux normes européennes. Les projets d'investissements étrangers, miniers ou pétroliers peinent toutefois à voir le jour, suscitant une forte méfiance à cause de leurs potentiels impacts environnementaux. Le cas de l'exploitation minière est emblématique à cet égard.

Les activités d'exploitation clandestine des ressources comme l'orpaillage sauvage sont monnaie courante en Guyane. La production illégale d'or représente un volume estimé à 10 à 12 tonnes par an, et emploierait près de 10 000 personnes, échappant à toute régulation administrative et fiscale tout en contribuant fortement à l'empoisonnement au mercure des populations du fleuve et à la dégradation de l'environnement. Afin de lutter partiellement contre ce fléau, l'exploitation légale et encadrée par la charte Mine Responsable permettrait de structurer la filière minière. Sont ainsi envisagés l'exploitation du gisement de Yaou par la compagnie minière française Auplata, celle de la Montagne d'Or par un consortium russo-canadien, ou le projet franco-canadien "Boulanger".

Si les projets industriels abondent et donneront au territoire les moyens d'initier une dynamique de développement, il manque à la Guyane les outils financiers propres à assurer le financement de son économie. En ce sens, la constitution d'un fonds de développement guyanais propre à réinvestir les produits de l'épargne dans l'économie locale et la prise de participations de la Collectivité Territoriale de Guyane dans les projets aurifères font figure de priorités.

Source : Les échos

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