Contraint à la démission de son poste de recteur de l’académie de Guyane suite aux révélations de Libération, Youssoufi Touré, ancien président de l’université d’Orléans (Loiret) à la gestion hasardeuse, fait de nouveau parler de lui. L’actuel conseil d’administration (CA) de la fac va prochainement «porter plainte contre X».

L’ancien président, implicitement visé par cette procédure, est soupçonné de nombreux dérapages comprenant des notes de frais injustifiées, l’entretien de bâtiments superflus, des financements détournés et, plus largement, d’avoir instauré une gouvernance autocratique. Le tout saupoudré d’un clientélisme dont l’entourage de «l’hyper-président» aurait largement profité. Bilan: un trou financier de plus de 12 millions d’euros creusé au fil des exercices sans que l’Etat, ni les différents partenaires siégeant au CA de l’université ne s’en émeuvent. Une situation qui a conduit au gel d’une cinquantaine de remplacements.

Lettre de deux pages

Discrètement saisie fin 2016 par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, l’Inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la recherche (IGAENR) avait diligenté une enquête dont les résultats viennent d’être rendus, mais qui ne sont connus que de la présidence de l’université et du rectorat d’Orléans-Tours. Une opacité qui n’a pas empêché la plainte de courir, le président Ary Bruand y étant totalement favorable, tout comme les élus du syndicat SNASUB-FSU, qui ont appuyé cette démarche.

Affirmant qu’il sort enfin de sa période «de réserve» alors qu’il n’est plus recteur depuis le 4 janvier, Youssoufi Touré vient d’adresser à Libération une lettre de deux pages flanquée d’un mail demandant «un droit de réponse» hors délai, mais qui n’aurait, cependant, pas de caractère «juridique» ni contraignant.

Loi LRU

«J’ai utilisé le silence pour avoir la sagesse de ne pas polémiquer au détriment de l’université, de son image, ses missions et ses difficultés que je connais fort bien», indique-t-il, évoquant de nouveau «une réserve liée à [sa] fonction». Rappelons que depuis sa démission, Youssoufi Touré est officiellement redevenu enseignant et n’est donc soumis à aucune obligation de réserve. «Ainsi, j’ai laissé passer des assertions grossières, voire des insultes. J’ai laissé passer sans réagir car j’ai pensé que le grotesque finirait bien par s’estomper devant le bon sens commun.» Au-delà de ces belles phrases qui ressemblent fort à un plaidoyer, l’ancien président fait exclusivement porter le chapeau des déficits à la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, dite loi LRU, instaurée en 2007 par Valérie Pécresse, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Si cette loi permissive a effectivement une responsabilité dans le dérapage budgétaire de la fac d’Orléans – comme dans de nombreuses autres universités françaises –, Youssoufi Touré ne dit pas un mot sur sa propre responsabilité, préférant laisser planer le doute d’un complot hourdi par l’actuelle équipe de direction. «Il n’y a peut-être pas de fumée sans feu, mais la flamme n’est pas forcément là où on la croit…» Fin de l’argumentaire, façon sujet du bac philo. Vous avez deux heures.

Source : Libération