Guyane : l’orpaillage illégal, fléau pour la forêt et la rivière

05 juillet 2018

Vue d’hélicoptère, l’immensité verte de la forêt est balafrée de zones déboisées, d’où ressort l’ocre de la terre. Partout autour du site de la future mine Montagne d’or, la jungle porte les stigmates de l’orpaillage illégal. Une activité clandestine qui a explosé en Guyane entre 2000 et 2010, à la suite de la publication de la carte des filons par le Bureau de la recherche géologique et minière, et depuis que le cours de l’or s’envole.

« C’est le far west, décrit un ancien responsable de l’opération militaire Harpie, déployée sur le territoire depuis 2008 pour lutter contre ce fléau. Les garimpeiros (orpailleurs clandestins) déversent du mercure directement dans les rivières, déforestent et plus rien ne repousse après leur passage. »

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Un technicien de la compagnie minière, sur un site d'orpaillage illégal démantelé en 2018, près du camp Citron. (Cyril Marcilhacy pour le Parisien Week-End)

 

Ils seraient entre 5 000 et 10 000 à sévir actuellement, en provenance principalement du Brésil et également du Suriname. Ils engendrent des problèmes d’immigration illégale, d’insécurité et de pollution. Ces garimpeiros montent des villages d’appui en pleine jungle, les « curotels », où la prostitution, les bars, les chapelles, les coiffeurs, les cabines téléphoniques et les tripots pullulent.

A l’approche de l’hélico, les « clandés » détalent sous nos yeux, emportant les tapis où ils agglomèrent les paillettes d’or. La plupart sont armés, se battent et contractent de nombreuses maladies. Un monde à part, où les pourvoyeurs d’armes, de quads, de matériel d’extraction, de carburant et de filles font fortune.

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Vestiges d'un "curotel", village servant aux orpailleurs illégaux, récemment abandonné. (Cyril Marcilhacy pour le Parisien Week-End)

Mais au pays des Droits de l’homme, la proximité oblige aussi à une certaine solidarité. « Entre 2015 et février 2018, nous avons organisé à nous seuls plus de deux évacuations sanitaires de garimpeiros par semaine vers les hôpitaux guyanais », explique Lucien Labbé, responsable logistique et sécurité sur le camp Citron.

Car certains sont malades ou blessés, parfois après s’être battus au fusil ou à la machette.

« Les projets d’orpaillage industriels légaux ne freineront pas le développement de l’orpaillage illégal, explique le géographe et directeur de recherche au CNRS François-Michel Le Tourneau. Les clandestins sont éparpillés dans toute la Guyane et ne s’attaquent pas aux mêmes gisements que les orpailleurs industriels légaux, tels que Montagne d’or, concentrés en un point fixe sur des gisements d’or en profondeur. Ils visent les dépôts alluvionnaires ou primaires à la surface de la roche, plus faciles d’accès et à la rentabilité immédiate. »

Source : Le parisien

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